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Le
Crépuscule des Dieux par
Rafik Djoumi
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| Dämmerung
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Le Crépuscule
des Idoles (dont le sous-titre est Comment
philosopher à coups de marteau) désigne
le moment d'exercice du second nihilisme, c'est-à-dire
le nihilisme du nihilisme. Nietzsche y évoque le travail
négatif de la raison, l' " Inversion
de toutes les valeurs " qui permettra de débusquer
les " idoles éternelles " (raison,
vérité, morale, démocratie, christianisme
etc.), à les " ausculter " à coups
de marteau pour en repérer le " son
creux " caractéristique de la substance
vide de ces idoles, et enfin à leur déclarer
une guerre intellectuelle et spirituelle systématique,
sans merci et sans concession. Il y a, dans ce Ragnarök
intellectuel et spirituel, le désir manifeste de redéfinir
les valeurs, devenues des pensées monolithiques sous
l'influence du monothéisme.
Ce travail annonce à un siècle d'écart le chapitre Du
Nihilisme selon Jean Baudrillard, et ses idoles au son creux (les simulacres)
que les Wachowski nous présentaient en note d'intention.
Et si l'on s'intéresse à certaines " inversions des valeurs " telles
qu'elles nous sont proposées par Nietzsche, alors on ne s'étonnera
pas d'y trouver plusieurs correspondances exploitées au mieux par la mécanique
narrative des Wachowski. Exemples :
L'homme, créature de Dieu devient L'homme,
créateur de dieux (Néo)
Le début de l'Univers devient Univers
cyclique (Reloaded)
Les buts, les finalités de la nature deviennent Jeux
de forces (la guerre supposée)
L'âme immortelle devient Le
corps (la source d'énergie de la matrice)
L'individu indivisible devient L'individu-collectivité,
jamais identique (le peuple de la matrice, le peuple de Zion)
Le libre arbitre devient La
nécessité (Le Mérovingien)
Tout savoir devient ignorer
beaucoup (intelligence intuitive)
Esclavages deviennent Maîtres
de soi, maîtres du monde (libéré de l'illusion)
La vérité devient Un
ensemble d'erreurs utiles (projet global autour de la matrice)
On sera alors beaucoup moins étonné par le titre du thème
musical principal de Matrix Revolutions.
Ce morceau, disponible en exclusivité sur le site du compositeur Don Davis
s'appelle tout simplement Neodämmerung,
c'est-à-dire, dans la terminologie du film, le " crépuscule
de l'Elu ".
Une fois de plus, derrière leur jeu de la référence,
au-delà du clin d'oeil vers le spectateur lettré,
les Wachowski annoncent le plus clairement du monde que leur
logique est déjà à l'oeuvre, et qu'ils
sont disposés à aller jusqu'au bout, au moins
sur le plan narratif (nous verrons plus tard en quoi ils dépassent
ce plan narratif).
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