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Le
Crépuscule des Dieux par
Rafik Djoumi
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| Lafayette
et le Léviathan
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D'après l'imperturbable logique du mythe décrite
par Joseph Campbell, la narration de Matrix devra parvenir
au point de la transcendance, celle que raconte le Ragnarök,
celle que raconte les Upanishad, celle que raconte les Révélations de la Bible (voir plus bas).
Or, s'il y a transcendance inéluctable, il n'y a pas de conciliation possible
entre ce qu'on pourrait appeler " l'ordre ancien " et " l'ordre
nouveau " ; la Révolution, au sens mythologique, annonce
la disparition de l'ordre ancien, le crépuscule des puissances organisatrices.
Un personnage de Matrix symbolise
pourtant le paradoxe de celui qui veut concilier l'avant et l'après. Il
s'agit de Morpheus. D'un côté, il annonce l'inéluctabilité d'une
libération du joug des machines, c'est-à-dire la libération
des humains du système qui les aliène. De l'autre, il remet entièrement
son destin entre les mains de celui qu'il croit être l'" Elu ".
Il s'enferme donc dans une autre servilité, une autre aliénation.
Or, il est un personnage historique français, familier des américains,
qui symbolise parfaitement ce paradoxe. Il s'agit du Marquis de Lafayette, député de
la Noblesse de Riom aux Etats Généraux, qui, toute sa vie, aura
rêvé la réconciliation improbable de la royauté et
de la Révolution, sans parvenir à comprendre que l'avènement
de l'une signifiait la disparition inéluctable de l'autre.
Dans le script original de Matrix,
la séquence où Morpheus accueille Neo et lui soumet les pilules
du choix se déroule dans un hôtel au nom évocateur (même
s'il n'est pas destiné à être connu du public). Il s'agissait
de l'hôtel Lafayette.
Dans ce même script, une note attire l'attention. Dans la scène
où Néo se réveille dans son cocon, les Wachowski écrivent : " His
sight is blurred and warped, exaggerating the intensity of the vision. The sound
of the plant is like the sound of the ocean heard from inside the belly of Leviathan. "
Parallèlement, un internaute sur le forum du site Code-Matrix constatait
que, sur l'affiche teaser de Matrix Reloaded,
apparaissaient les lettres du mot " tannin " qui
est le terme hébreu parfois employé pour désigner le Leviathan.
Connaissant
maintenant les Wachowski, on n'hésitera pas à fouiner
plus en profondeur, et parvenir de fil en aiguille à l'ouvrage Leviathan du
philosophe anglais Thomas Hobbes, dans lequel l'auteur expose sa théorie
du pouvoir politique.
Hobbes évoque le conflit permanent dans lequel l'homme se trouve à l'état
naturel (la célèbre citation " l'homme
est un loup pour l'homme ") et envisage alors sa théorie
du contrat, selon laquelle, en société, chaque individu renonce
totalement aux droits qu'il possède naturellement sur toute chose, au
profit d'une souveraineté qui sera dotée de pouvoirs illimités,
faisant régner l'ordre et la paix.
Hobbes se sert du mythe du Leviathan pour désigner cette souveraineté.
Mais il rappelle que le Léviathan échappe lui-même au contrat
entre les hommes , puisqu'il est né du contrat des hommes. Une fois le
contrat signé, chacun se retrouve sous la loi du Léviathan, sans
pouvoir sur lui, puisqu'il émane à la fois de tout le monde et
de personne en particulier.
Difficile de ne pas voir dans cette idée du contrat, le sens profond de
la séquence des Nations Unies de Second
Renaissance part2 (voir chapitre précédent).
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