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Note
d'intention par
Rafik Djoumi
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Simulacre
et Lapin Blanc
Simulacre
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Il
est vain de tenter de résumer l'oeuvre de Baudrillard
en quelques lignes, mais on pourra ici au moins s'essayer
à une définition des termes simulation et simulacre.
La simulation se veut l'expérience du réel à travers ce
qui nous en est rapporté (soit l'essentiel de l'expérience du réel
tel que la vit un sujet contemporain), le simulacre en étant la représentation
figurée (l'objet, l'image). Selon Baudrillard, les sociétés
se sont à ce point reposées sur ces simulations, se sont à ce
point constituées sur la base de ces signes de la réalité,
qu'elles en ont perdu le contact avec le monde réel. Le simulacre, d'abord
reconnu comme représentation du réel, s'est vu multiplié,
systématisé par l'avènement industriel, contribuant à brouiller
les repères entre l'image et ce qu'elle représente (ce qu'elle
simule), jusqu'à ce que, " dans
la société post-moderne, le simulacre ne finisse par précéder
et déterminer le réel. "
" Il ne s'agit plus d'imitation, ni de redoublement, ni même
de parodie, mais d'une substitution au réel des signes du réel,
c'est-à-dire d'une opération de dissuasion de tout processus réel
par son double opératoire, machine signalétique métastable,
programmatique, impeccable, qui offre tous les signes du réel et en court-circuite
toutes les péripéties. " (Jean Baudrillard. Simulacres
et Simulation - Galilée 1981)
Dans le chapitre " Du Nihilisme ", Baudrillard fait remarquer
que, lorsque l'omnipotence de Dieu ne peut être ressentie qu'à travers
l'icône qui le symbolise, l'icône religieux devient le substitut
de l'idée de Dieu. Ainsi, le simulacre devient omnipotent dans la conscience
humaine, et suggère chez le croyant l'idée qu'au fond, Dieu n'a
jamais existé, que seul le simulacre existe.
Or, si le premier Matrix jonglait astucieusement
avec l'idée de la simulation (en opposant un univers simulé à la
réalité que découvre le héros),
à aucun moment le concept de simulacre n'était pleinement abordé,
encore moins le fameux " nihilisme " qui en découle.
Ceci occasionna de légitimes critiques, surtout en France, à l'encontre
des prétentions du film, et sa manière de citer pompeusement des
philosophes dont il ne retenait à priori que l'aspect gadget.
. à priori seulement. Car si d'aventure un critique considérait
que la référence à Baudrillard avait parfaitement lieu d'être,
s'il supposait que les scénaristes hollywoodiens à l'origine de
ce blockbuster était des gens cultivés et peut-être plus
intelligents que lui (chose impensable pour un lettré français)
alors ce critique, ce spectateur cultivé et doté d'un minimum d'humilité aurait
très certainement eu l'intuition du piège qui se profilait :
à savoir que Matrix le film opèrait précisément comme
un simulacre, que les signes, les conventions auquel il avait recours pour nous
révéler une " vérité " (Neo
découvre le monde réel) étaient les outils-même qui
nous interdiraient de comprendre la " vérité " de
l'oeuvre (il n'y a pas de monde réel).
A Hollywood, le terme " pitch " désigne le plus petit
dénominateur commun d'un film, ce qui permet de le résumer en quelques
mots, ce qui sert à présenter de façon économique
le concept à des producteurs éventuels, et ce qui sert plus tard à la
promotion du film vers le public.
Le pitch de Matrix, tel qu'il fut unanimement
perçu à sa sortie était évident : " La
libération de l'humanité, rendue esclave par les machines. " C'est
ainsi que journaux, médias, spectateurs, se relayaient l'histoire du film.
Et pourtant, à y regarder de près, aucun élément
de la campagne marketing n'explicitait ce pitch, tel que cela se produit pourtant
d'ordinaire. Les seules taglines (phrases d'accroche) qui accompagnèrent
la sortie du film étaient, au choix, des affirmations d'ordre général " The
fight for the Future begins ", des questions qui laissaient entendre
une réponse " What is the Matrix ? " ou des affirmations
qui invectivaient directement le public " The Matrix has YOU ".
Et si, à tout hasard, ce pitch, aussi absent de l'oeuvre qu'omniprésent
dans l'esprit du public, était faux ?
Et s'il n'était que le fruit d'une représentation du réel
(du film) totalement déconnectée du réel ?
Et si le simulacre avait effectivement fini par précéder et déterminer
le réel ?
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