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COLLOQUE INTERNATIONAL HYBRIDATION DES IMAGES :
EMERGENCE D'UN NOUVEAU CINEMA ?

EN QUOI S'AGIT-IL D'UN EVENEMENT ?
par Sandy Baczkowski, Université Toulouse II
janvier 2004

Le colloque qui se déroulera à Toulouse les 2,3 et 4 Février à l’occasion des quarante ans de la Cinémathèque constitue un évènement à part entière. En effet, le sujet de ce colloque est symptomatique de l’intérêt croissant que porte le monde de la recherche universitaire aux arts dits « mineurs », en l’occurrence les jeux vidéo et l’animation, dans leurs rapports avec leur aîné le cinéma. Si certains journalistes et critiques comme Olivier Assayas, Olivier Séguret ou Jean Michel Frodon oeuvrent en ce sens en France depuis quelques années, force est de constater qu’en terme de recherche universitaire sur les jeux vidéo par exemple, la France affiche quelques wagons de retard sur ses voisins anglo-saxons et Nord Européens. Pourtant les interactions entre jeux vidéo et cinéma, autant sur le plan esthétique qu’à un niveau purement commercial, sont devenues une réalité qu’on ne peut plus ignorer. Cette évidence est tout particulièrement visible dans une certaine tendance du cinéma américain contemporain. L’importance numérique des adaptations de jeux vidéo sur le grand écran n’est cependant que la partie la plus visible de l’iceberg. D’autres films empruntent aux jeux vidéo sans y faire référence de manière explicite. Plutôt que de rejeter cette tendance, de la mettre de côté au profit d’œuvres cinématographiques considérées comme plus « nobles » par la théorie cinématographique française, il serait préférable d’en analyser les enjeux car ils s’avèrent primordiaux, et en termes de recherche et en termes d’éducation aux images des générations futures.

Le marasme de la recherche française

Les chiffres en témoignent, les chercheurs français s’expatrient de plus en plus aux Etats-Unis. Le sujet est d’actualité ces jours-ci. Même Claude Allègre envisage de quitter le monde de la recherche française pour aller œuvrer chez nos soi-disant « ennemis ». Cette « fuite des cerveaux » n’affecte pas que le monde scientifique comme pourrait le croire certains mais s’avère plus générale. Pour quiconque évolue dans le cercle fermé de la recherche française, nous avons tous parmi nos connaissances un collègue parti travailler 6 mois en Australie ou aux Etats-Unis et qui a finalement décidé de ne pas rentrer pour faire carrière là-bas. C’est malheureusement la triste réalité. Nous pouvons bien entendu mettre en avant les conditions de travail ou les différences de salaires mais cela ne fait pas tout. On pourrait également évoquer – au risque de faire grincer les dents d’un grand nombre - un certain immobilisme français qui affecte quelques secteurs de la recherche universitaire, notamment le cinéma, et qui pousse la relève française à s’expatrier. Comme le confiait récemment Olivier Assayas, réalisateur et ancien critique aux Cahiers du Cinéma :

       « La critique institutionnelle, la cinéphilie classique est un peu victime d’un système. La critique va chercher ses sources dans une théorie : or, aujourd’hui, la théorie " diffuse " du cinéma est très mauvaise. Du coup la critique s’en ressent. La réflexion sur le cinéma qui est devenue très formatée par l’université, se fonde sur des outils trop anciens. Le cinéma change de forme, les systèmes esthétiques se modifient et sont très différents des cadres canoniques de la cinéphilie. Il y a dans la cinéphilie classique un repli sur des valeurs " refuge ", sur des choses qui demeurent dans le cadre traditionnel de l’esthétique cinématographique. Or, ce champ est de plus en plus restreint car le nouveau cinéma se propage de plus en plus vite, et est infiniment plus en prise avec le monde contemporain. Le cinéma se déploie de manière trop rapide par rapport à la théorie du cinéma qui a perdu pied depuis longtemps. Les critiques se passionnent donc pour des styles de cinéma au fond archaïques – occasionnellement passionnants — du type Kiarostami, Oliveira, ou Kaurismäki. La pratique de ces cinéastes demeure dans un cadre historique de la cinéphilie et donc dialogue de façon frontale avec les outils anciens dont se sert la critique. Mais dès qu’un cinéma est engagé dans la matière contemporaine, la théorie du cinéma n’a plus les outils pour le regarder, pour en rendre compte : ils n’y voient qu’une perturbation du canon. Or, on ne peut pas parler d’un film de Michael Mann comme d’un film de Ozu (que la théorie du cinéma adore). » 1

Il est peut être grand temps que la recherche française en cinéma accepte de sortir de son carcan et regarde d’un peu plus près ce qui se fait ailleurs. Peut être temps qu’elle accepte enfin de vivre avec son temps, de s’ouvrir, de s’exposer nue à ce « nouveau » cinéma face auquel elle se retrouve actuellement désarmée, de réfléchir à de nouveaux outils d’analyse plutôt que s’en remettre systématiquement aux grands noms du passé. C’est en cela que le colloque international sur l’hybridation des images qui se déroulera à Toulouse s’avère essentiel. Parce que pour la première fois des chercheurs étrangers de renom mais méconnus en France, y compris de leurs pairs, vont venir exposer leurs travaux sur l’hybridation des images. Parce que ces chercheurs ne considèrent pas les jeux vidéo ou les mangas japonais comme une sous-culture indigne d’intérêt. Parce qu’ils n’ont pas peur de travailler sur des films comme Matrix ou Le Seigneur des Anneaux.

Il est absolument aberrant que des chercheurs comme Espen Aarseth, chef de file de la théorie sur les jeux vidéo ou Jay David Bolter, soient inconnus dans notre pays et que leurs ouvrages, qui font autorité dans le monde, ne soient pas traduits en Français. Tout comme il est affligeant de voir qu’aucun chercheur français ne participe aux diverses conférences internationales sur les jeux vidéo – et elles sont légion depuis quelques années - organisées de par le monde. Bazin, Deleuze, Metz, tous les plus grands noms de la théorie cinématographique française ont été et sont toujours lus dans le monde entier. Pourquoi la France éprouve-t-elle désormais tant de difficultés à s’exporter et à s’ouvrir aux chercheurs étrangers ? L’Exception culturelle a peut être des limites.

Les choses bougent cependant et tout n’est pas négatif. Même si notre pays accuse un retard singulier en ce qui concerne ce pan de la recherche, il est heureux de voir que plusieurs universitaires oeuvrent en ce sens. Des groupes de recherche comme l’Exception 2, des revues comme les Cahiers du Cinéma ou plus récemment Cadrage, des jeunes chercheurs – et des moins jeunes - se lancent avec enthousiasme dans ce nouveau défi français. Le défi est immense certes mais pas insurmontable. Ce premier colloque international en France s’avère en ce sens très prometteur car il permettra aux chercheurs français présents de confronter leurs points de vue à ceux de leurs homologues étrangers et de réfléchir tous ensemble à ces nouveaux enjeux cinématographiques.


Sandy Baczkowski écrit actuellement une Thèse sur l’hybridation des images à l’ESAV/LARA de l’Université Toulouse II, France


1 www.objectif-cinema.com/interviews/169c.php
2 www.lexception.org


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